La place des réseaux sociaux aujourd’hui et demain

Tout le monde en convient, les réseaux sociaux sont un formidable outil de communication. Leur arrivée et leur expansion a élargit l’espace public, élargit la liberté d’expression. Des avancées extraordinaires d’un point de vue technique. Tellement extraordinaires que nous en avons oublié les enjeux politiques et culturels.

C’était le sujet, il y a quelques temps, de l’excellente émission “La Tête au Carré” de Mathieu Vidart, sur France Inter, qui invitait les passionnants Dominique Wolton (fondateur et directeur de la revue internationale Hermès du CNRS et de l’Institut des sciences de la communication) et Arnaud Benedetti (directeur de la communication de l’Inserm et professeur associé à Paris-Sorbonne pour le livre “Communiquer c’est vivre”, aux éditions du Cherche Midi).

Les médias, et plus particulièrement les réseaux sociaux, sont “des technologies de l’esprit, donc nous devons avoir encore plus d’esprit critique” explique Dominique Wolton. Cependant, aujourd’hui, “la technique a préempté le concept”. Et, derrière l’impression d’émancipation et de liberté d’expression, nous avons trop tendance à oublier que les GAFA (les géants de l’Internet que sont Google, Apple, Facebook et Amazon) sont “les plus grands pouvoirs économiques, financiers et politiques du monde”.

“Sur Facebook, non seulement vous êtes le produit, mais vous êtes aussi le producteur. Vous travaillez gratuitement pour le système. […] Mais le système est orienté par un business model.” Bernard Stiegler, philosophe

Le 1 posait, récemment, cette question, très à propos : “Facebook est-il notre ami ?”

“Si ces technologies ont le pouvoir de nous “augmenter”, de créer des opportunités économiques [tout en] multipliant les interactions pertinentes”, si ces opportunités sont “remarquables” et la révolution digitale “inéluctable”, Facebook, et ses collègues, “modèlent notre vision du monde”. Ils “concentrent notre attention sur nos centres d’intérêts” et “normalisent nos interactions”, explique notamment Gilles Babinet (entrepreneur et responsable des enjeux de l’économie numérique auprès de la Commission européenne).

Et Eric Fottorino (cofondateur de l’hebdomadaire Le 1) de renchérir : “Croyant partager le monde grâce à des connections toujours plus vastes et puissantes, nous sommes au contraire atrophiés, relégués dans un monde clos qui ne nous offre plus que ce que nous aimons”.

“Imaginez un kiosque ne vendant que le journal que vous aimez, une boutique offrant seulement la nourriture ou les parfums que le système a choisit pour vous, une démocratie sans confrontation. Adieu diversité, libre arbitre, liberté.” Eric Fottorino

Face à ces problématiques, la “trahison des adultes et des vieux est catastrophique” dénonce Dominique Wolton. “Les politiques sont les premiers à être lâches. Parce que n’y comprenant rien […] ils en rajoutent dans le jeunisme”, explique-t-il.

La réaction du public est déjà visible avec des mouvements qui prônent de plus en plus la déconnexion. Pour Dominique Wolton, “le progrès sera de se débrancher”… A moins que l’on aboutisse au Cercle imaginé par Dave Eggers dans son dernier roman. Une dystopie glaçante dont les dérives semblent déjà avoir démarré.

 

Sources :

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